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Inégalités

Cycle de conférences-débats

Parlons des inégalités. Non seulement en mathématiques, physique, chimie et sciences naturelles, mais aussi de celles qui déchirent notre société, de celles que génèrent le capitalisme, de celles que l'on masque en feignant confondre identité et égalité, une égalité inscrite pourtant sur les frontons de tous les bâtiments publics de notre République.

Programme

Les conférences se tiennent, selon les cas, au CERLA ou à LILLIAD. Les deux bâtiments se situent sur le site de la Cité Scientifique de l'université de Lille.

Si cette icône apparaît sur l'illustration, cliquez dessus pour visionner l'enregistrement de la conférence.

[Reporté] 16 juin 2020, Amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

Collectif Rosa Bonheur, La Ville vue d'en bas : transformations du travail et de l'espace urbain populaire

Répondant: Francis Danvers

La désindustrialisation à l'œuvre depuis les années 1970 a confiné des pans entiers des classes populaires aux marges du salariat. Tenues à l'écart des principaux circuits marchands, ces populations ont dû réorganiser leur travail et leur vie quotidienne de manière à satisfaire les besoins essentiels à leur subsistance, selon une dynamique qui confère une centralité nouvelle à l'espace urbain : pour elles, l'accès à la plupart des ressources matérielles et symboliques nécessaires au maintien d'une existence digne est intimement lié à leur ancrage territorial.
Or, les pratiques attachées à cette centralité populaire sont aujourd'hui contestées. Prises dans la course à la métropolisation, certaines villes voudraient en définitive remplacer ces populations, dont elles considèrent qu'elles « ne font rien », par d'autres issues des classes moyennes et supérieures, n'hésitant pas à agiter le spectre du communautarisme et celui du ghetto. Il s'agit, au contraire, de saisir ce qu'impliquent les processus contemporains de fragmentation de l'espace social pour des personnes qui ne sont ni plus ni moins que des travailleuses et des travailleurs.

Le collectif Rosa-Bonheur s'est consacré depuis 2011 à l'analyse sociologique de l'organisation de la vie quotidienne dans les espaces désindustrialisés, à partir d'une grille de lecture matérialiste. Il est composé de Anne Bory, José-Angel Calderón, Yoan Miot, Blandine Mortain, Juliette Verdière et Cécile Vignal.

Francis Danvers est professeur émérite des universités, vice-président de l'université populaire de Lille et président de l'ALEA.

Archives

14 janvier 2020, Amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

Sylvain Billiard, Des inégalités dans le vivant

Répondant: Francis Meilliez

Illustration Susanne Jutzeler

Les êtres vivants sont souvent appréciés pour leur immense diversité. Classifier les êtres vivants est un des objectifs de la biologie depuis au moins le 18e siècle. Mais sur quels principes organiser cette classification ? Carl von Linné et le comte de Buffon en ont posé les bases au 18e siècle : il s'agit de quantifier ressemblances et différences entre espèces.
Depuis, ces principes ont été étendus à toutes les échelles du vivant : des gènes aux écosystèmes. Mais que signifient précisément quantifier différences et ressemblances ? Comment les biologistes effectuent-ils ces mesures ? Comment mettent-ils en évidence égalités ou inégalités ? Quelles interprétations et explications en donnent-ils ?
Nous verrons que différentes méthodes de comparaison de populations sont mises en oeuvre, très souvent basées sur des tests statistiques. Nous présenterons ensuite les mécanismes expliquant différences et ressemblances, notamment l'importance donnée au hasard. Enfin, nous discuterons des biais idéologiques dont souffre la biologie quand il s'agit de démontrer l'existence ou non d'inégalités entre sexes, genres, races, etc.

Sylvain Billiard est maître de conférences au laboratoire de Génétique et Évolution des Populations Végétales, à l'université de Lille.

Francis Meilliez est Professeur émérite à l'université de Lille, Directeur de la Société Géologique du Nord.

11 février 2020, Amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

François-Xavier Devetter, Croissance des inégalités et transformation des professions : comment repenser les métiers des services « non qualifiés » ?

Répondant: Bernard Maitte

Les mutations de l'emploi depuis trente ans ont été marquées par la croissance des inégalités. Le développement d'une « économie de la connaissance » s'est certes traduit par la croissance d'emplois très qualifiés (cadres et ingénieurs) mais il s'est aussi accompagné d'un maintien voire d'un renouveau d'emplois peu qualifiés. Ce phénomène de « polarisation » a été étudié tant aux États-Unis qu'en Europe mais les analyses traditionnelles s'appuient essentiellement sur les transformations technologiques qui ont touché l'industrie. Pourtant, une grande partie des métiers du « bas de l'échelle » (aides à domicile, nettoyeur.euse.s, agents de services, assistant.e.s maternel.le.s) en croissance sont des professions féminines, majoritairement dans les services et ces dernières sont souvent oubliées dans les analyses de la polarisation. Or leur développement n'est pas indépendant des politiques publiques mises en œuvre. Bien au contraire les faibles salaires dans ces services résultent d'un ensemble de mécanismes qui sont le fruit d'une construction sociopolitique et socioéconomique. La mauvaise qualité de ces emplois relève ainsi de stratégies publiques comme privées : déni des pénibilités et des compétences mobilisées, dérégulation et division de la main d'œuvre, construction d'un « excès de main d'œuvre » empêchent ainsi une progression durable de la qualité de ces emplois. D'autres voies d'organisations et de structuration sont cependant envisageables.

François-Xavier Devetter est professeur de sciences économiques (Université de Lille, IMT Lille-Douai, CLERSE). Ses travaux portent essentiellement sur les emplois peu qualifiés des services et notamment sur les activités de nettoyage.

Bernard Maitte est Professeur émérite à l'université de Lille. Fondateur et premier directeur du Forum des Sciences, il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Histoire de l'arc-en-ciel (Seuil) et Une histoire de la lumière de Platon au photon (Seuil).

[Reporté] 24 mars 2020, Amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

Anne Fretel et Florence Jany-Catrice, De quoi « territoire zéro chômeurs » est-il le nom ?

Répondant: Bernard Maitte

Le dispositif Territoire zéro chômeur vise la réduction du chômage de longue durée. À partir d'une expérimentation sur dix petits territoires (moins de 10 000 habitants), il met en œuvre un projet muri pendant des années par l'association ATD, grâce au soutien de l'État, et de la loi du 29 février 2016 d'expérimentation territoriale. Dans son principe, il s'agit de transformer les «&bnsp;dépenses passives » (allocations chômage, RSA etc.) en « dépenses actives » c'est-à-dire en salaires. Les chômeurs de longue durée qui sont volontaires peuvent donc être embauchés par une entreprise à but d'emploi, créée à cette occasion. Le projet introduit des éléments importants puisque dans son principe, il n'y a pas de contrainte d'entrée dans le projet pour les personnes privées d'emploi éligibles ; le projet inverse l'explication du chômage, celui-ci serait dû à l'incapacité des entreprises à mobiliser les compétences des chômeurs, et non pas à un manque de volonté des personnes privées d'emploi. Enfin, l'emploi, en CDI à temps choisi, est posé comme un droit.
Florence Jany-Catrice et Anne Fretel ont suivi pendant 18 mois la mise en œuvre de l'expérimentation de la métropole de Lille et plus précisément des territoires des Oliveaux à Loos et du Triangle de Menin à Tourcoing. Elles proposent de présenter quelques résultats de leurs travaux : comment le projet est-il né ? De quoi le projet est-il le nom pour ses promoteurs ? Comment les salariés organisent-ils le travail ? Au-delà des 140 contrats en CDI créés par l'entreprise à but d'emploi dans la métropole, identifie-t-on des difficultés dans la mise en œuvre de ce projet « innovant » ?

Anne Fretel est Maître de conférences en sciences économiques et sociales et chercheure à l'université de Lille au CLERSE (Centre lillois d'études et de recherches sociologiques et économiques). Elle travaille sur les politiques d'emploi et l'économie du travail.

Florence Jany-Catrice est professeur d'économie à l'université de Lille et chercheuse au Clersé (UMR8019). Elle travaille sur l'économie de la qualité, les enjeux de mesure et d'évaluation, l'économie des services et l'économie sociale et solidaire. Elle est l'auteur de nombreux ouvrages dont, avec Jean Gadrey, Les nouveaux indicateurs de richesse (La Découverte, coll. Repères, dernière édition 2016) ; avec Dominique Méda, Faut-il attendre la croissance ? (La documentation française, coll « Doc'en Poche ») ; L'indice des prix à la consommation (La Découverte, coll. « Repères », mars 2019).

Bernard Maitte est Professeur émérite à l'université de Lille. Fondateur et premier directeur du Forum des Sciences, il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Histoire de l'arc-en-ciel (Seuil) et Une histoire de la lumière de Platon au photon (Seuil).

[Reporté] 12 mai 2020, LILLIAD, 18h00

Jean-Paul Delahaye, Singularités statistiques et usages inégaux des chiffres et des nombres : loi de Benford et variantes.

Répondant: Bernard Maitte

Illustration Jean-Paul Delahaye

Les nombres indiquant les longueurs des fleuves mesurées en kilomètres ont un premier chiffre qui dans plus de 30 % des cas est un '1', et dans moins de 5% des cas est un '9'. C'est vrai aussi pour les nombres correspondant aux populations des villes mesurées en nombre d'habitants. Il s'agit d'une loi découverte il y a plus d'un siècle – dénommée loi de Benford – qui a étonné les statisticiens et que les mathématiciens tentent de comprendre. Cette inégalité fréquentielle entre chiffres est étonnante et contre-intuitive, mais petit à petit on réussit à en fournir une explication rationnelle. D'autres singularités statistiques du même type ont été notées, en particulier dans les tables numériques des mathématiciens – tables de nombres premiers, encyclopédie des suites numériques de Neil Sloane, etc. On cherche à élucider ces déviations mystérieuses contredisant le sens commun et manifestant une inégalité probabiliste inattendue entre chiffres et entre nombres. Certaines explications sont purement de nature mathématique, d'autres associent une origine mathématique et un intérêt particulier des humains pour certaines suites ou familles de nombres spécifiques.

Jean-Paul Delahaye est mathématicien et informaticien. Il est professeur émérite à l'Université de Lille et membre du laboratoire CNRS Cristal. Il est auteur de nombreux livres et tient la rubrique « Logique et calcul » de la revue Pour la science.

Bernard Maitte est Professeur émérite à l'université de Lille. Fondateur et premier directeur du Forum des Sciences, il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Histoire de l'arc-en-ciel (Seuil) et Une histoire de la lumière de Platon au photon (Seuil).